Je ne veux plus jouer avec vous. Vous, mes démons de l'ignorance, de la crédulité, de la dépendance, vous, sortez de mon corps, je ne veux plus jouer avec vous, je vous ai abandonné, trop tard certes, mais je ne veux plus vous voir, vous apercevoir, non, allez vous-en. Trop de temps, vous m'avez hanté, droguée, anesthésiée, loin, si loin du monde extérieur, j'ai trop de retard à combler maintenant, mais Il m'aide, ils m'aident, ils emplument mes ailes, je vole loin, si loin de vous, qui me suivez, qui avez du mal à me quitter, allez vous-en, pitié, déguerpissez, cessez de me suivre dans l'ombre, allez vers d'autres sous-sols, vite, lâchez mon ombre, lâchez la, partez... Mon âge le veut, l'époque le veut, elle, effrayante, problématique, dont vous êtes la drogue, drogue éternelle, sempiternelle, opium du peuple, ne revenez jamais me voir, vous me faites gerber, je gerbe, je gerbe à votre vue, en chacun d'Eux, Eux trop crédules et abrutis, tes armes, propagande et consumérisme, les ont déjà achevé, leur ont crevé les yeux, brouillé les sens, et moi, et Lui, et Eux, restons là, seuls borgnes, à contempler leur bas carnage, cette boucherie héroïque, quelle formule adaptée, rongés peu à peu par une nouvelle forme de folie : la raison ; je sombre, la folie me retient, seul moyen de survivre, emprunt à la mort qu'est la folie, cette folie, cette différence, ce Nous qui nous uni. C'est pour ce Nous que je suis encore ici. Un petit Nous assez restreint, je ne cache pas qu'une personne en est une partie intégrale. Un grand Nous étendu, Nous, moi, et vous, mes amis, mes sauveurs, étendu de par notre seule importance, à mes yeux, vous seuls me faites vivre.